Sous sanctions, la NIS cherche à se séparer de ses parts détenues par Gazprom. MOL serait sur le point de mettre la main sur NIS.
Une entreprise serbe sous sanctions
Depuis le début de l’année 2025, les Etats-Unis d’Amérique cherchent à écarter la Russie du capital de la compagnie pétrolière et gazière serbe NIS (Naftna Industrija Srbije). Ces sanctions, introduites sous la présence Biden, visent à réduire les profits du commerce de gaz et de pétrole russe depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Le Bureau des Avoirs Étrangers (OFAC) du Trésor américain a officialisé ces sanctions le 10 janvier 2025. Le président serbe Aleksandar Vucic avait déploré la situation en janvier dernier, affirmant que “personne ne prendrait le risque de traiter avec une entreprise soumise à des sanctions américaines”.
Faute de trouver un repreneur, la mise en application de ces sanctions a depuis été de nombreuses fois décalée, les américains prolongeant ainsi le droit de l’entreprise à produire et commercer du gaz et du pétroles sur les marchés internationaux. En novembre 2025, la Serbie a obtenu une nouvelle licence d’exploitation pour une durée de trois mois. La ministre de l’Énergie, Dubravka Djedovic-Handanovic, a déclaré “La Serbie a obtenu une licence de trois mois de la part des États-Unis afin de tenter de trouver un acquéreur pour sa compagnie pétrolière NIS[…]. Une autorisation pour des négociations de cession a été obtenue… jusqu’au 13 février”. Le président serbe avait lui déclaré après l’obtention de cette énième extension de licence : « Je crois qu’avec nos amis américains et russes, nous parviendrons ensemble à résoudre cette question, ce qui serait un immense soulagement pour notre pays ». Selon Ilian Vassilev, aujourd’hui éditeur d’Alternativata, média spécialisé des questions d’énergies et de géopolitique, et anciennement ambassadeur de la Bulgarie à Moscou, Aleksandar Vucic se serait dit prêt à accepter l’entrée d’investisseurs américains dans le capital de NIS.
L’entreprise serbe est détenue en majorité par des capitaux russes, les premiers investissements russes dans l’entreprise datant de 2008. Environ 45% des capitaux de NIS appartiennent à Gazprom Neft, et les 11% détenus par la maison mère Gazprom ont été transférés à une société basée à Saint-Pétersbourg nommée Intelligence. En comparaison, l’État serbe possède moins de 30% du capital de NIS. Le dernier contrat gazier qui lie la Serbie et la Russie a été signé au printemps 2022, avait été prolongé jusqu’en septembre 2025 et des négociations sont toujours en cours en attendant des repreneurs potentiels.

Une station service Gazprom
NIS gère la seule raffinerie en activité en Serbie, à Pancevo, qui approvisionne environ 80% des besoins du marché national serbe en essence et diesel et 90% des besoins en carburant pour l’aviation. La capacité de cette raffinerie est de 4,8 millions de tonnes de brut par an. La compagnie emploie plus de 13 000 personnes et gère plus de 400 stations-services en Serbie et quelques-unes supplémentaires en Bosnie, Bulgarie et Roumanie. En 2024, la compagnie serbe à enregistré un chiffre d’affaires de plus de 3,3 milliards de dollars. NIS représentait la même année 12% du revenu budgétaire de l’État serbe et 7% du PIB. En 2025, la Naftna Industrija Srbije a enregistré une perte nette de 47,7 millions d’euros, alors que l’entreprise avait enregistré un bénéfice net de plus de 84 millions d’euros l’an passé.
Des infrastructures d’importance régionale
La Naftna Industrija Srbije importe 80% de ces besoins en brut via l’oléoduc Adria appartenant à l’opérateur croate Janaf. Les 20% restants sont produits directement en Serbie. En Octobre 2025, Janaf s’était résolu à appliquer les sanctions américaines et avait interrompu ses livraisons de brut en direction de la Serbie jusqu’au sursis accordé en novembre dernier.
Stjepan Adanic, le président du conseil administratif de Janaf, avait estimé que l’entreprise croate pourrait perdre 18 millions d’euros entre le 1er octobre et le 31 décembre 2025 si les sanctions avaient perdurés. Le ministre de l’économie de la Croatie, Ante Susnjar, s’était d’ailleurs déclaré favorable à ce que la Croatie fasse une offre de rachat à la NIS afin de résoudre la crise.
Les sanctions qui planent sur la NIS pourraient avoir un véritable impact sur l’économie serbe : l’augmentation des prix des carburants influence le prix du transport, des marchandises et donc le coût de la vie et le pouvoir d’achat des serbes. D’autant plus que la Serbie se trouve dans une situation délicate du point de vue géopolitique : même si la Serbie est candidate à l’entrée dans l’Union Européenne, elle n’a pas participé aux politiques de sanctions occidentales à l’encontre de la Russie. L’élite politique serbe maintient depuis la dissolution de l’ex-Yougoslavie un équilibre entre influences russes et influences occidentales. Le fait que la Serbie ait vendu du matériel militaire à l’Ukraine pourrait expliquer pourquoi la Russie préférerait vendre ces parts à un tiers plutôt qu’à l’État serbe. Le président Vucic a donc exclu toute politique de nationalisation.
La solution à la crise de la NIS serait-elle sur le point de venir d’un autre pays européen : la Hongrie ?
MOL sur le point de racheter les parts russes de la NIS ?
La Magyar Olaj és Gázipari est une compagnie pétrolière et gazière hongroise privée, fondée en 1991 après la chute du bloc de l’est. Connue à l’international sous l’abréviation MOL, l’entreprise possède déjà 65 stations services en Serbie et n’est pas affectée par les sanctions américaines.

Une station service MOL (source : site officiel de MOL)
Le dossier de la NIS est suivi de près par la Hongrie depuis l’annonce des premières sanctions américaines : Péter Szijjarto, le ministre des affaires étrangères de la Hongrie, avait critiqué l’administration Biden en janvier 2025, déclarant que la Hongrie comme la Serbie devait être libre de mener des politiques énergétiques souveraines, en dehors de toute pression extérieure. Un an plus tard, la MOL entend aujourd’hui augmenter son influence dans la région en devenant le potentiel acteur majoritaire de la NIS voisine.
Le lundi 19 janvier, la ministre serbe de l’énergie Dubravka Djedovic-Handanovic a déclaré que Gazprom et la NIS serait parvenu à un accord provisoire dans lequel Gazprom vendrait l’intégralité de ses parts (les 45% de Gazprom Neft et les 11% de Intelligence) à la compagnie magyare MOL. La MOL serait également sur le point de reprendre les installations de Lukoil en Serbie puis dans d’autres États européens (stations services en Serbie, raffinerie en Bulgarie…). Le rachat d’actifs stratégiques russes dans la région permettrait de consolider la présence de la MOL dans les Balkans et le long du cours du Danube. La raffinerie de Pancevo occupe une position clé sur le fleuve, proche des installations de Budapest et de Bratislava, appartenant à la MOL. La Serbie de Vucic et la Hongrie de Viktor Orban avaient déjà annoncé en novembre dernier l’accélération de la construction d’un oléoduc reliant les deux pays.

Cartographie de l’ « empire » de la MOL (source : site officiel de MOL)
Après 36 jours d’interruption d’activité forcée, la raffinerie de Pancevo a repris ces activités. Lors de sa première intervention télévisée de 2026, le président serbe Vucic a indiqué que si la MOL devenait le nouvel actionnaire majoritaire de la NIS, elle devait renoncer à l’utilisation de brut russe pour l’approvisionnement de sa nouvelle filiale serbe, conformément aux attentes américaines. Vucic a également déclaré que la NIS était autorisée à payer et transporté 85000 tonnes de brut depuis Omisalj en Croatie à partir du 05 janvier. Il a ajouté que la compagnie serbe avait été autorisée à commander une cargaison maritime supplémentaire d’environ 140000 tonnes. Le chef de l’État serbe a annoncé que la raffinerie de Pancevo serait prête à fonctionner à pleine capacité aux alentours du 20 janvier. Le président serbe a précisé que la NIS avait récemment créé deux nouvelles capacités de stockage à Smederevo. Il en a profité pour démentir les rumeurs de fermeture de la raffinerie de Pancevo. La ministre de l’énergie serbe a également déclaré que des discussions étaient en cours avec de potentiels partenaires en provenance des Emirats Arabes Unis.
Lundi 26 janvier, le président Vucic à annoncer à la télévision serbe que la MOL était prête à racheter les parts russes de la NIS pour un montant total de 1,19 milliards d’euros. Le Bureau des Avoirs Étrangers (OFAC) du Trésor américain doit encore approuver cette transaction. En attendant, l’OFAC à accorder un nouveau sursis à la NIS courant à présent jusqu’au 20 février 2026. Ces derniers jours, industriels, spécialistes et politiciens débattent sur la valeur totale des parts russes de la NIS dans les médias serbes. Les estimations s’élèvent entre 900 millions et 1,4 milliards d’euros.
Sources:
Connaissance des énergies
Zone Bourse CH
Daily News Hungary
https://dailynewshungary.com/fr/us-sanctions-serbia-russian-oil-hungary/ – 09/10/25
Réseau Bastille
Le Diplomate Média
https://lediplomate.media/decryptage-serbie-sanctions-americaines-frappent-energie-russe-coeur-balkans/ – Octobre 2025
Euractiv’
EnergyNews
https://energynews.pro/belgrade-mise-sur-un-accord-russo-hongrois-imminent-pour-debloquer-lavenir-de-nis/ – 05/12/2025
Reuters
Serbia Business News
SeeNews
https://seenews.com/news/u-s-sanctions-push-serbias-nis-into-loss-in-2025-1289035 – 02/02/26
Webserbia
https://www.webserbia.net/negociations-mol-nis-lukoil/ – 31/12/25
Balk Magazin
https://balk.hu/fr/2026/01/02/magyar-szerb-orosz-olaj-nis-mol-amerika/ – 02/01/26
Eurasia Peace
https://eurasiapeace.org/veilles-geopolitiques/serbie-negociations-autour-du-statut-de-nis – 07/01/26
Autres sources :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Naftna_industrija_Srbije
https://fr.wikipedia.org/wiki/MOL_(entreprise)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Ol%C3%A9oduc_Adria%E2%80%93Vienne https://www.nis.rs/en/our-business/

