BRÈVE : ARMATEURS GRECS ET SANCTIONS ANTI-RUSSES

Le 23 Octobre 2025, les 27 pays membres de l’Union Européenne se sont accordés pour interdire “l’achat, le transit et l’importation dans l’Union Européenne de gaz naturel liquéfié russe” lors de la promulgation du 19ème paquet de sanctions à l’encontre de la Russie. Ces sanctions ont fait l’objet de discordes qu’en à la lecture et l’interprétation de ces nouvelles dispositions. Deux lectures étant possibles : ou bien les termes de l’article en question se référaient au sol européen, ou bien ces derniers se référaient aux activités commerciales en question.

Cet été, la Grèce s’est battue pour bloquer de nouvelles sanctions proposées par l’UE. Ces sanctions ayant nécessité la validation de l’unanimité des Etats, le refus grec a bloqué la première version de ce 21ème paquet. Il devait graver dans le marbre l’interdiction pour les entreprises européennes le transport de GNL russe partout dans le monde ; y compris dans des pays tiers hors-UE. La Commission européenne entendait clarifier la situation en insistant sur ces nouvelles interdictions. Une mesure qui aurait gravement fragilisé l’économie grecque. Ioannis Vrailas, l’ambassadeur permanent de la Grèce auprès de l’Union avait prévenu les autres membres de cette menace lors des réunions du Coreper. 

Le Coreper est le comité des représentants permanents des gouvernements des Etats membres de l’UE. Son rôle est de coordonner et de préparer les travaux du Conseil de l’Union. Les représentants des Etats membres, qui négocient au nom de leurs gouvernements respectifs, sont les ambassadeurs et ambassadrices des États et leurs adjoints et adjointes.

Ioannis Vrailas, ambassadeur permanent de la Grèce auprès de l’UE

Ce 21ème paquet de sanctions à l’encontre de la Russie se compose de toute une série d’autres mesures : elle visent certaines banques russes, des réseaux de cryptomonnaies, et une partie du complexe militaro-industriel, ainsi que 250 personnes ou entreprises accusées de soutenir l’effort de guerre russe en Ukraine. Plus de 600 “navires russes” se sont vu refuser l’accès aux ports et aux services des pays membres de l’Union (dont nombre de navires sous pavillon étrangers). 

Cet accord a fait l’objet de nombreuses semaines de négociations durant lesquelles les États membres se sont permis de retirer un à un les éléments qu’ils estimaient gênant dans ce nouveau paquet de sanctions. L’Allemagne et le Portugal se sont battu pour annuler un restriction sur l’importation de produits issus de la pêche russe (particulièrement la morue et le colin), la Bulgarie a fait retirer deux noms de la listes des nouvelles personnalités sous sanctions : le Patriarche Kirill (le chef de l’Eglise orthodoxe russe) et Vagit Alekperov, le fondateur de Lukoil. Quant à la France et l’Italie, leurs prises de position sur l’introduction de sanctions visant à interdire l’entrée de l’espace Schengen aux soldats russes à ramener la mesure à une simple déclaration d’intention de travailler sur cette mesure dans le futur. L’Autriche se bat encore pour le retrait de la société russe d’investissement Rasperia. 

Depuis le 18ème paquet de sanctions, le plafond du prix du brut russe s’ajuste tous les six mois pour se maintenir à un taux de 15% inférieur au prix moyen de l’Oural, la principale qualité de pétrole importé de Russie. Cet été, le prix du baril devait passer de 44 à 58 dollars le baril. Ce 21ème paquet de sanctions a modifié le mécanisme européen du plafonnement à l’achat du pétrole brut russe, gelant pour les douze prochains mois son prix, et limitant ainsi la bouffée d’oxygène offerte au Kremlin. En 2025, les pays membres de l’Union ont battu leur record d’achat de GNL russe. L’introduction de ces nouvelles sanctions aurait obligé les armateurs grecs à revendre leurs navires à des armateurs extra européens, notamment la Chine. Cela aurait représenté une perte nette pour l’économie grecque sans pour autant diminuer les revenus des producteurs de GNL en Russie.

La Grèce héberge la plus grosse flotte marchande au monde. Elle représente 7 à 8% du PIB du pays et compte environ 200 000 emplois. Les armateurs grecs gèrent 61% du tonnage des entreprises des pays membres de l’Union Européenne. En utilisant les estimations des coûts de fret recueillies par Argus Média, une agence de tarification, les données de navigation de l’Organisation Maritime Internationale et les données de mouvements des pétroliers de Kpler, le Financial Times a estimé que les compagnies de transport maritime grecques ont gagné a minima 3,3 milliards d’euros en transport de pétrole russe depuis l’introduction du plafonnement des prix du pétrole russe. 

D’après cette étude, depuis Juillet 2023, parmi la vingtaine d’armateurs engrangeant des profits par leur activité en Russie, huit sont grecs. Les autres sont pour la plupart des entreprises publiques russes ou leurs filiales. Dynacom Tankers, la compagnie de l’armateur George Prokopion, propriétaire de Dynagas, aurait réalisé un revenu d’au moins 915 millions de dollars en transportant plus de dix millions de tonnes de GNL russes. Olympic Shipping and Management du groupe Onassis un revenu de 404 millions de dollars, Stealth Maritime et Polembros Shipping plus de 200 millions de dollars. 

Les dirigeants de Dynagas avaient prévu : l’interdiction du GNL russe serait un coup porté à l’économie européenne elle-même, affectant ses capacités maritimes et son influence dans le commerce international en Arctique sans affecter leurs fournisseurs russes. Les contrats liant Dynagas et LNG Yamal courent jusqu’en 2065. La rupture de ces derniers pourrait entraîner des défauts de paiement et rendre certains des ces tankers brise-glace simplement inutilisables. Finalement, la Grèce a réussi à obtenir une dérogation lui permettant de continuer le transport de GNL russe vers des États hors-UE et préservera pour l’instant ce débouché indispensable pour son économie. 

Mais cette exception grec exaspère de nombreux diplomates. Beaucoup d’États européens estiment qu’Athènes ne fournit pas assez d’efforts au vu des sacrifices consenti par d’autres pays pour réduire leurs liens économiques avec la Russie. La perpétuation de ce commerce a déjà suscité des tensions entre Athènes et Kyiv. Plusieurs compagnies grecs ont figuré en 2023 sur les listes ukrainiennes des “sponsors internationaux de la guerre”. Elles ont été supprimées depuis sous la pression du gouvernement grec.

“Le gouvernement grec a à maintes reprises privilégié les intérêts de son industrie maritime au détriment de sanctions plus sévères et de la paix”, Svitlana Romanko, directrice du groupe de campagne Razom We Stand, qui milite pour la fin du commerce du pétrole et du gaz russe et pour des politiques énergétiques européennes plus renouvelables 

Sources médiatiques :

https://www.bfmtv.com/economie/international/il-y-a-de-l-argent-a-gagner-la-bas-et-personne-d-autre-n-ira-le-transport-de-petrole-russe-fait-le-bonheur-des-armateurs-grecs-qui-ont-gagne-au-moins-3-3-milliards-d-euros-en-3-ans_AN-202607070424.html – 07/07/26

https://www.bfmtv.com/economie/international/cette-interdiction-ruinerait-l-entreprise-l-ue-veut-interdire-le-transport-de-gnl-russe-hors-de-question-pour-la-grece-qui-veut-proteger-son-armateur-milliardaire_AN-202607160534.html  – 16/07/26 

https://www.lepoint.fr/monde/sanctions-contre-la-russie-pourquoi-la-grece-bloque-le-21e-paquet-de-lue-QPNUQNAIEFGVLKEYRLHWAN5TJQ/ – 17/07/26

https://fr.euronews.com/my-europe/2026/07/17/sans-vergogne-la-grece-bloque-de-nouvelles-sanctions-de-lue-contre-le-gnl-russe – 17/07/2026

https://www.reuters.com/business/energy/greece-based-dynagas-allowed-carry-russian-lng-under-new-eu-sanctions-ft-says-2026-07-22/ – 22/07/26

https://fr.euronews.com/my-europe/2026/07/23/lue-adopte-de-nouvelles-sanctions-contre-la-russie-la-grece-obtient-une-exemption-pour-le-  – 23/07/26

https://sweetcrudereports.com/dynagas-linked-vessels-delivered-e2-35-billion-of-lng-to-eu-ports/  – 18/08/26

Sources politico-diplomatiques : 

https://www.consilium.europa.eu/fr/press/press-releases/2026/07/23/21st-package-of-sanctions-eu-hits-russian-energy-financial-services-and-crypto-hard

https://www.consilium.europa.eu/fr/council-eu/how-the-work-in-the-council-is-organised/what-is-coreper

https://www.mfa.gr/brussels/en/permanent-representation-eu/about-us/permanent-representative.html

Sources entreprises : 

http://www.dynagas.com/

http://www.olyship.com/

https://www.stealth.gr

https://www.polembros.gr

Sources associatives: 

https://razomwestand.com

Sources études FT :  

Kpler https://www.kpler.com/solutions/fundamental-intelligence/lng 

Windward https://windward.ai/industries/energy/ 

https://windward.ai/blog/russia-defies-sanctions-as-shadow-fleet-resumes-arctic-lng-2-exports

Vortexa https://www.vortexa.com/product/energy/lpg-market-analytics-software